Episode 1 L'aventurier
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Jeu ultime – Ep. 1 L’aventurier

Episode 1 L'aventurier

Nous vous en avons parlé la semaine dernière et proposer le pitch de cette aventure littéraire, où vous êtes embarqué dans un jeu de télé-réalité pas comme les autres. Ce sera à vous de faire des choix…

Vous retrouverez prochainement sur notre chaîne le jeu le plus dingue de l’Histoire de la télévision ! Vous êtes sportif, intelligent, vous voulez gagner beaucoup d’argent, alors Jeu ultime est fait pour vous ! Un million d’euros. Oui, vous avez bien entendu, un million d’euros pour le gagnant et une notoriété assurée pour tous nos finalistes. Mais attention, les épreuves seront redoutables, autant que la sélection pour atteindre la finale !

Je regardai le présentateur affiché son plus beau sourire carnassier. Des jeux, il y en avait déjà tellement ! Grimper à une corde, ramper dans la boue, courir sur la plage, cela m’apparaissait si basique. Parader devant les caméras, rouler des mécaniques ou entretenir des relations amoureuses bidons, tout le monde pouvait le faire. Je regardais avec dédain cet énième avatar de la télé-réalité.

Le mot intelligent retint tout de suite mon attention. Ce n’était pas le qualificatif habituel employé pour ce genre d’émission. Je décidai donc de me renseigner davantage et de me rendre sur leur site internet. Le mot énigme m’intrigua. Les concurrents devaient non seulement affronter des épreuves sportives, mais aussi répondre à des questions pour progresser dans le jeu. Après tout, j’avais poussé assez loin mes études, même si mes emplois passés ne le reflétaient pas et je me dis que je tenais là peut-être une chance enfin de réussir ma vie.

Et puis – sans vouloir me jeter des fleurs – à trente ans, j’avais derrière moi un passé sportif, pas de haut niveau, mais je me débrouillais dans pas mal de disciplines. Mon seul problème dans la vie, c’était de garder un job. Mon caractère m’avait déjà coûté cher un mois plus tôt lorsque serveur dans un restaurant, j’avais osé répondre à un client mécontent. Je reconnais, je suis un peu sanguin, excessif dans certaines situations comme celle-là.

– La porte, c’est par là ! m’avait hurlé le patron.

Depuis, je faisais au mieux, mais l’argent venait à manquer. Je mangeais trop souvent des pâtes et du riz, j’aspirais à consommer un peu de caviar de temps en temps. Je revoyais le chiffre inscrit bien en évidence sur l’écran : un million d’euros !

Dans la nuit qui suivie, des tas de billets planaient devant moi en me narguant. Je tentais de les attraper, mais je n’y parvenais pas. Tôt le lendemain matin, je me réveillais en sueur. Tant pis pour ma fierté, il fallait absolument que je tente ma chance et que je m’inscrive. Ce fut fait dans les cinq minutes suivantes en quelques cases remplies et un simple clic.

Je dois dire que les sélections avaient été particulièrement difficiles. Elles durèrent plus d’une semaine. Si nous avions commencé par des épreuves assez traditionnelles, d’autres plus originales, m’avaient mis dans la peau d’un rat de laboratoire. Tout en nous montrant des images violentes, on nous avait mis des électrodes pour voir comment on réagissait au stress. Avec moi, ils n’avaient pas dû être déçus. Je n’avais pu réprimer le rire qui me prit sur la fin en voyant de la viande franche découpée. Celui qui m’avait fait passer ce test écarquillait grand les yeux et ouvrait la bouche comme s’il avait vu le Diable en personne. Je me disais que j’avais merdé. Après tout, rire n’est pas interdit par la loi, non ? Une abondante fumée sortait de mon crâne comme une marmite sur le feu. S’il m’avait laissé continuer les épreuves c’est que c’était bon signe, ils avaient dû mettre ça sur le compte d’une nervosité excessive. Ils nous avaient fait ensuite dévaler un toboggan à pleine vitesse. Un jeu d’enfant. En revanche, je n’avais pas trop compris quel intérêt avait eu la production du jeu à nous faire subir l’épreuve de la centrifugeuse. À ce que je sache, nous ne partions pas pour l’espace. Plus de la moitié des candidats ressortaient de là en vomissant leurs tripes. Je n’aurais pas voulu être à la place de celui qui nettoyait l’intérieur du simulateur tant il devait avoir du travail ! De mon côté, j’avais attendu d’aller aux toilettes pour remettre mon petit déjeuner.

Deux mois plus tard, je me retrouvais sélectionné parmi les neuf finalistes. Lorsque je reçus un mail m’indiquant que j’avais été sélectionné, je n’en revenais pas ! Je le relus à plusieurs reprises pour vérifier que c’était bien vrai. Génial ! Sans ambiguïté, il fallait tout de même signer et renvoyer un document en annexe dans lequel la production se déchargeait de toutes responsabilités en cas d’accident. S’il nous arrivait quoi que ce soit, elle n’y serait pour rien. Je me doutais qu’elle ne nous faisait pas parapher cela pour le plaisir. Malgré tout, je me disais que ces gens voulaient simplement se couvrir et qu’elle ne nous mettrait à aucun moment en danger. Après tout, ce n’était qu’un jeu ! De mon côté, je savais que j’étais prêt à tout pour gagner…

La production avait fait les choses en grand, billet d’avion, réservation d’un hôtel haut standing, elle ne lésinait pas sur les moyens. J’arrivais avec un grand sourire par un après-midi ensoleillé dans la grande ville qui nous accueillait. Un briefing fut organisé le jour même. Un homme, la cinquantaine, nous accueillit les uns après les autres au fur et à mesure de notre arrivée. Il présenta son émission comme le « jeu ultime », celui qui allait tout révolutionner, devenir un événement aussi attendu que les Jeux Olympiques ou la Coupe du Monde de Football.

– Jamais dans l’histoire de la télévision on n’a vu ça ! Vous verrez, les épreuves que vous allez passer sont redoutables. Votre terrain de jeu sera immense, mais nous vous surveillerons de près grâce à nos centaines de caméras et nos employés qui seront là en permanence pour assurer votre sécurité. Les règles du jeu sont claires. Vous partirez tous d’un point A et le premier parvenu au point B l’emportera ! Bien sûr, aucun de vous ne connaît ni les lieux de départ ni d’arrivée. Vous ne disposez d’aucune carte ou GPS, mais vous aurez des portes à passer avec pour chacune des indices. Ce dont vous pouvez être sûrs, c’est que vous allez tous devenir des stars ! Le jeu sera retransmis en direct dans plus de soixante pays et vu par plus d’un milliard de téléspectateur et d’internautes !

Son discours, filmé, était bien sûr retransmis en direct sur la principale chaîne de télévision. Il ne s’adressait pas seulement à nous, les candidats. Il lui fallait bien cette petite estrade qui le faisait apparaître plus grand, car ce milliardaire qui avait tant investi dans ce jeu ne devait pas faire beaucoup plus d’un mètre soixante-cinq. Son ambition, elle, semblait démesurée.

Mes adversaires, je les ai connus dès les épreuves de sélection. Quatre hommes et quatre femmes. Tous avec des profils différents.

Jocelyn semble être le candidat le plus redoutable physiquement. Il émane de lui une force tranquille peu banale. Son corps en forme de V peut dissuader tout homme raisonnable de s’en prendre à lui. Huwen, elle, semble agile et douée dans beaucoup de domaines. Elle paraît toujours impassible, même dans l’effort. Ce sera une candidate redoutable, à n’en pas douter. Je connais moins les autres, car je les ai peu côtoyés, mais Mohamed paraît également très sportif, Théo assez rusé et Jessica cumule, à première vue, toutes ces qualités. Fabien et Julie, plus effacés, n’en semblent pas moins des athlètes. Reste Morgane, qui aura bien du mal à nous suivre. Je ne vois pas comment elle va faire pour s’en sortir. À moins qu’elle n’utilise ses charmes pour progresser dans le jeu ?

J’ai lu le règlement de long en large. La seule chose interdite est de s’en prendre physiquement à un autre participant sous peine de disqualification. Je dois dire que ce point-là m’embête un peu, parce que dans le feu de l’action sait-on jamais, un accident est si vite arrivé. Pour le reste, un candidat peut – s’il le souhaite – en suivre un autre dans ses décisions. Encore qu’aux vues des épreuves de sélection, il m’apparaît difficile pour ceux qui seront plus faibles physiquement de s’accrocher, mais qui sait ce que nous ont réservé les organisateurs ? Avec eux, il va falloir sans doute s’attendre à quelques surprises.

Enfin, de mon côté, je suis fin prêt.

Le soir, après avoir mangé seul dans mon coin, j’ai aperçu Jessica qui buvait un verre au bar.

– Ah, salut, me dit-elle. Tu veux m’accompagner avec un verre de Tequila ?

– Allez, soyons fous !

Ça ne fait aucun doute, cette fille a du charme. Après avoir bu deux ou trois verres, la tête commençait à nous tourner. On dansait comme des fous devant un serveur et des clients bouche bée. Je ne sais pas ce qui se passa entre nous ce soir-là, mais une alchimie se fit d’emblée. Le charme opéra. On finit par entamer une petite discussion sur le toit de l’hôtel. Elle me raconta son enfance, le fait qu’elle avait souffert pour en arriver là.

– Arrivé où, lui demandai-je ?

– Et il est drôle en plus, mais tu ne m’as rien raconté sur toi…

Je lui fis un récit marqué par des voyages aux quatre coins du monde, une vie d’aventurier alors que je n’avais traversé les frontières qu’à de rares occasions. J’inventais mes pérégrinations, une montée imaginaire à dos d’ânes jusqu’au Machu Picchu, du surf sur les plages d’Argentine, du skate-board sur la muraille de Chine. Tout y passait, j’illustrais mes exploits en remuant exagérément mes bras, j’en faisais des tonnes. Je pense qu’elle me vit d’un bon œil et que je lui fis bonne impression. Au final, on se sentit fatigués, nous décidâmes d’aller nous coucher… séparément. Il ne fallait pas être déçus, on aurait tellement le temps de se connaître plus tard.

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